Si la dynamique environnementale est bien enclenchée en Champagne, le « dernier kilomètre » vers la certification généralisée se heurte aux réalités structurelles du vignoble. Entre simplification administrative et clarification des objectifs, le Comité Champagne ajuste sa stratégie pour embarquer les plus petites exploitations.

Des freins structurels et psychologiques
Pour comprendre pourquoi certaines exploitations hésitent encore à franchir le pas de la Viticulture Durable en Champagne (VDC), il faut regarder la morphologie du vignoble. Avec une surface médiane d’environ 70 ares, la Champagne compte une proportion très élevée de micro-structures.
Pour ces très petites entreprises, engager une démarche de certification ne se résume pas à une volonté agronomique. Le frein est avant tout organisationnel : la charge administrative pèse proportionnellement plus lourd et le coût, même modéré, reste un obstacle lorsque les moyens humains sont limités. À cela s’ajoute une barrière psychologique persistante. La certification est encore parfois perçue, à tort, comme une « usine à gaz » ou un examen inaccessible, révélant un besoin continu de pédagogie pour démystifier l’audit et le référentiel.
Simplification et numérisation : les nouveaux leviers
Comment dépasser ce seuil ? La stratégie du Comité Champagne ne repose pas sur une inflation des moyens humains, économiquement insoutenable, mais sur l’efficience des outils. L’objectif est pragmatique : si toutes les exploitations de plus de 2 hectares étaient certifiées, 90 % des surfaces de l’appellation seraient couvertes.
Pour capter ces surfaces et accompagner les vignerons, le mot d’ordre est désormais la simplification. Le chantier prioritaire vise à faire évoluer le référentiel VDC pour le rendre plus lisible, sans sacrifier son ambition technique. En parallèle, le développement d’outils numériques doit permettre aux exploitants de progresser en autonomie et aux structures d’accompagnement de démultiplier leur action. Clarifier les modes de preuve et les obligations est indispensable pour fluidifier le parcours.
Un outil de filière plutôt qu’un label marketing
Contrairement au label Bio, très identifié par le grand public, la VDC a été conçue comme un outil interne de structuration et de progrès, et non comme un argument marketing direct. Si elle permet aujourd’hui d’accéder à certains marchés valorisés exigeant des garanties (monopoles nordiques, grande distribution allemande), elle n’a pas vocation à supplanter l’appellation.
La vision est claire : le véritable label aux yeux du consommateur reste « Champagne ». L’enjeu est de faire en sorte que ce nom devienne, par défaut, synonyme d’engagement environnemental, que celui-ci passe par la VDC, le Bio, ou HVE.
Le laboratoire du futur cahier des charges
Enfin, opposer la certification au cahier des charges de l’AOC serait une erreur. Les deux dispositifs sont complémentaires. Là où le cahier des charges fixe un socle commun et stable, la VDC agit comme une « tête chercheuse ». Elle offre la flexibilité nécessaire pour tester et valider de nouvelles pratiques. C’est ce rôle de laboratoire qui a permis, par exemple, de valider techniquement la réduction des herbicides avant d’inscrire l’obligation de leur localisation dans le marbre du cahier des charges de l’appellation.
Adrien Milard

