Municipales : le monde agricole et rural pose ses conditions

Reims La Marne Viticole Municipales : le monde agricole et rural pose ses conditions À l'aube des élections municipales de 2026, l’effervescence gagne les campagnes françaises. Des agriculteurs aux forestiers, des viticulteurs aux défenseurs de l’agriculture biologique, tous s'accordent sur un constat : la commune est l'échelon de base de la démocratie et du « vivre-ensemble ». Toutes réclament à leur échelle un « pacte de territoire durable ».
La commune doit devenir le moteur d'une alliance renouvelée avec les acteurs productifs et resserrer les liens avec les populations© iStock

Alors que les élections municipales de 2026 se profilent, l’effervescence gagne les campagnes françaises. Des agriculteurs aux forestiers, des viticulteurs aux défenseurs de l’agriculture biologique, tous s’accordent sur un constat : la commune est l’échelon de base de la démocratie et du « vivre-ensemble ». Toutes réclament à leur échelle un « pacte de territoire durable ».

Reims La Marne Agricole Municipales : le monde agricole et rural pose ses conditions À l'aube des élections municipales de 2026, l’effervescence gagne les campagnes françaises. Des agriculteurs aux forestiers, des viticulteurs aux défenseurs de l’agriculture biologique, tous s'accordent sur un constat : la commune est l'échelon de base de la démocratie et du « vivre-ensemble ». Toutes réclament à leur échelle un « pacte de territoire durable ».
La commune doit devenir le moteur d’une alliance renouvelée avec les acteurs productifs et resserrer les liens avec les populations© iStock

Aussi bien la FNSEA que les Jeunes Agriculteurs ont poussé leurs adhérents à s’investir dans les élections municipales, car pour ces syndicats, la commune doit devenir le moteur d’une alliance renouvelée avec les acteurs productifs et resserrer les liens avec les populations. C’est aussi pourquoi, face aux défis climatiques, démographiques et fonciers, les organisations professionnelles ont multiplié les manifestes et pactes pour interpeller les futurs élus.

Le défi démographique : installer pour ne pas péricliter

Le renouvellement des générations s’impose comme la priorité absolue. Avec un âge moyen des agriculteurs européens de 58 ans et seulement 11 % de moins de 40 ans, la vitalité des zones rurales est directement menacée. Le syndicat Jeunes Agriculteurs (JA) exhorte les candidats à planifier l’avenir en apportant un soutien direct à l’installation via des subventions communales, un accompagnement administratif renforcé et la création de « pépinières agricoles » ou d’espaces-tests. La problématique du logement est ici centrale. Pour attirer de nouveaux actifs, les acteurs ruraux demandent d’intégrer une offre locative accessible dans les politiques communales, incluant la réhabilitation de bâtiments vacants et la possibilité d’installer des logements temporaires sur les exploitations. Le Groupe Monde Rural souligne d’ailleurs que la crise du logement, avec un taux de vacance supérieur à 11 % dans certains départements ruraux, entrave directement l’emploi.

Sanctuariser le foncier et adapter l’urbanisme

La pression foncière reste un sujet de tension majeure. Les Chambres d’agriculture et la FNSEA appellent à maintenir les trajectoires de Zéro artificialisation nette (ZAN) pour protéger les terres nourricières. Pour les viticulteurs de la Confédération nationale des producteurs de vins et eaux-de-vie de vin à appellations d’origine contrôlées-Maison des vignerons (CNAOC), l’enjeu est de préserver le potentiel de production des AOC. Ils proposent de déclarer les Organismes de défense et de gestion (ODG) comme « Personne Publique Associée » (PPA) lors de l’élaboration des documents d’urbanisme. Les membres de la Fédération des Syndicats de forestiers privés de France (Fransylva) représentant 75 % de la forêt française, demandent quant à eux que les Plans locaux d’urbanisme (PLU) n’entravent pas la gestion sylvicole, pour laquelle le code forestier s’applique déjà. Tous convergent vers une demande de concertation systématique avant toute modification des règles de voirie ou d’urbanisme qui pourrait gêner la circulation des engins agricoles ou forestiers (grumiers, poids lourds).

Transition écologique : du constat à l’action territoriale

La transition ne pourra se faire sans les acteurs du terrain. La FNSEA et les Chambres d’agriculture voient dans les communes des partenaires pour développer les énergies renouvelables (méthanisation, biomasse, agrivoltaïsme) tout en protégeant les terres. Le végétal est également promu par l’interprofession française de l’horticulture, de la fleuristerie et du paysage (VALHOR) comme une véritable « infrastructure vitale » capable de rafraîchir les villes face aux canicules, à condition de séparer les lots « espaces verts » des travaux de voirie dans les appels d’offres. Sur le volet environnemental, la Fédération nationale d’agriculture biologique (FNAB) lance son « Pacte Bio », demandant aux élus de s’engager sur cinq actions concrètes, notamment la protection de l’eau potable via le développement du bio à proximité des captages et l’atteinte (voire le dépassement) des objectifs de la loi Egalim dans les cantines.

Économie de proximité et souveraineté alimentaire

L’agriculture est un levier économique puissant, représentant 3,5 % du PIB national. Pour dynamiser les territoires, les acteurs proposent de structurer les filières locales. Jeunes Agriculteurs suggère de renforcer les Projets alimentaires territoriaux (PAT) et de soutenir les circuits courts (drives fermiers, marchés hebdomadaires).

Le tourisme est un autre pilier. La viticulture, avec 12 millions d’œnotouristes annuels, génère des recettes fiscales directes et indirectes majeures pour les communes. La CNAOC demande de faciliter l’implantation de débits de boissons en zone rurale (licence IV) et de clarifier le cadre de la dégustation sur les sites de production. De manière générale, l’agrotourisme et le tourisme vert sont perçus comme des facteurs essentiels de rééquilibrage économique et de lutte contre l’isolement.

Le “Vivre-ensemble” : médiation et services de proximité

La multiplication des conflits d’usage préoccupe les professionnels agricoles et ruraux. Qu’il s’agisse des nuisances sonores, olfactives ou visuelles, le monde rural demande que le rôle de médiateur du maire soit conforté. La CNAOC propose même de déroger au droit commun du bruit de voisinage pour permettre des travaux nocturnes (vendanges, traitements) rendus nécessaires par le changement climatique pour préserver la qualité des produits.

La sécurité est également une attente forte. Face aux incivilités, aux vols de bois et aux intrusions, les forestiers appellent à une mobilisation des polices municipales et des gardes champêtres. Parallèlement, le maintien des services publics (santé de proximité, mobilité, numérique) reste le socle de l’attractivité rurale. L’Association des maires ruraux de France (AMRF) rappelle que l’accès aux soins et la mobilité sont des priorités nationales qui doivent être traitées à l’échelle du village.

Le message des acteurs ruraux pour 2026 est limpide : « Rien ne doit être entrepris sans mettre les agriculteurs autour de la table ». Ils appellent à une gouvernance locale partagée où la fonction d’élu-agriculteur est valorisée. Pour les candidats, s’engager auprès de ces filières (bio, forêt, viticulture, horticulture) n’est pas seulement un choix politique, c’est investir dans la résilience et l’attractivité d’un territoire qui « façonne le village de demain ».

Christophe Soulard